
Fermez les yeux un instant. Essayez de vous rappeler la sensation du plastique froid dans votre main, le cliquetis mécanique satisfaisant du bouton « Play », et surtout, la texture de ces petits écouteurs en mousse orange qui grattaient un peu les oreilles.
Si cette description vous donne des frissons, c’est que vous faites partie de la génération chanceuse qui a connu la véritable révolution musicale.
Avant son arrivée à la fin des années 70, écouter de la musique était une activité sédentaire. On s’asseyait devant la chaîne hi-fi du salon ou on subissait la radio de la cuisine.

Le baladeur Sony a tout bouleversé. Soudainement, la musique nous suivait partout. Dans le bus scolaire, en marchant sous la pluie, ou caché au fond du lit : nous avions enfin notre propre trame sonore pour accompagner le film de notre vie. C’était une bulle d’intimité dans un monde bruyant, un signe extérieur de liberté pour toute une jeunesse.
Mais au-delà de la technologie, c’était tout un rituel qui a disparu. Qui a oublié le lien sacré entre une cassette audio et un crayon à papier ? Nous sommes devenus des experts en mécanique de précision, rembobinant manuellement nos bandes magnétiques pour économiser les précieuses piles AA.
Car oui, la musique avait un coût énergétique, et quand les piles faiblissaient, la voix de nos chanteurs préférés devenait une plainte lente et grave, signalant la fin du voyage.

Il y avait aussi l’art de la « Mixtape ». Enregistrer ses morceaux favoris à la radio, attendre que l’animateur se taise pour appuyer sur REC, et offrir cette compilation à l’élu(e) de son cœur. C’était un investissement émotionnel que le streaming d’aujourd’hui ne pourra jamais égaler.
Aujourd’hui, nous avons accès à 50 millions de titres dans notre téléphone. C’est pratique, certes. Mais cela n’aura jamais la magie de cette cassette unique que l’on écoutait en boucle, jusqu’à l’usure, simplement parce que c’était la seule que nous avions dans notre poche ce jour-là.



