
Depuis qu’il est petit, Malik rêve d’avoir les yeux clairs.
Dans sa famille, tout le monde a les yeux bruns foncés. Lui aussi.
Mais dès qu’il voit des photos de gens avec les yeux verts ou bleus
sur les réseaux sociaux, il se surprend à imaginer : « Et si
c’était moi ? » Un soir, en scrollant sur son téléphone, il tombe
sur une vidéo qui parle de kératopigmentation.
C’est une opération qui permet de changer la couleur des
yeux de façon définitive en tatouant la partie colorée de
l’œil. Dans la vidéo, un chirurgien explique le principe. Le
résultat semble bluffant. Les gens passent du brun au vert ou au
bleu en quelques heures seulement.
Malik n’en revient pas. Pour lui, c’est comme si son vieux rêve
devenait soudain possible. Les jours suivants, il se met à chercher
des informations. Il lit des témoignages, regarde des avant/après,
lit des commentaires. Certains trouvent ça « incroyable », d’autres
trouvent ça « complètement fou » et dangereux. Plus il cherche,
plus il se pose des questions.

Un détail finit par le frapper : ce n’est pas une
opération anodine.
Les médecins rappellent que toucher aux yeux, ce n’est jamais
banal. Il peut y avoir des risques : douleur, infection, gêne
visuelle, problèmes de vision. Certains spécialistes recommandent
d’y réfléchir très longtemps avant de se lancer, surtout pour une
raison esthétique.

Malik, lui, se regarde chaque matin dans le miroir. Il se
demande :
« Est-ce que je ne m’aimerais pas plus avec d’autres yeux ?
Ou est-ce que je cherche juste à ressembler aux gens que je vois
sur Instagram ? »
Un après-midi, il prend rendez-vous pour une simple consultation d’information dans une clinique spécialisée. Le chirurgien lui explique calmement le déroulement : examens, choix de la couleur, opération, suivi, risques possibles. Malik l’écoute en silence. Il réalise que derrière les belles images des réseaux sociaux, il y a une vraie chirurgie, dans un bloc, avec des instruments, une équipe médicale… et des conséquences qu’on ne contrôle pas toujours.
En sortant, il reçoit le devis officiel.
Le prix de l’intervention est inscrit noir sur blanc : 7
000 dollars.
Ce chiffre le ramène à la réalité. Pour Malik, c’est énorme. Il pense à tout ce qu’il pourrait faire avec cet argent : voyager, reprendre une formation, démarrer un projet, aider ses parents. Il se sent partagé entre son vieux complexe et sa raison.
Le soir, il en parle à sa sœur. Elle lui répond simplement :
« Moi, je t’aime comme tu es. Avec tes yeux marron. Mais c’est ta
décision. Juste… promets-moi que tu le fais pour toi, pas pour
plaire aux autres. Et que tu as bien compris les risques. »

Malik ne sait pas encore ce qu’il va décider.
Ce qu’il a compris, par contre, c’est que changer la
couleur de ses yeux n’est pas un jeu. Ce n’est ni un
filtre, ni une simple lentille qu’on enlève le soir. C’est une
opération chère, irréversible, avec des risques réels pour la
vue.
Avant de signer, il sait qu’il devra répondre à une seule
question, la plus importante de toutes :
« Est-ce que 7 000 dollars et la santé de mes yeux valent vraiment
ce changement de couleur ? »


