Près de 4500 infirmières en arrêt de travail : une situation jugée alarmante dans le réseau de la santé

La crise du personnel en santé au Québec prend une tournure de plus en plus préoccupante. Selon des données obtenues par Le Journal grâce à la loi sur l’accès à l’information, 4 584 infirmières du réseau public étaient en arrêt de travail en novembre dernier, en raison de blessures, d’épuisement professionnel ou de problèmes de santé.
Un chiffre qui pourrait même être sous-estimé, puisque certains établissements n’avaient pas encore transmis leurs données au moment de la publication. Dans plusieurs régions, ces absences représentent près de 10 % des effectifs infirmiers, ce qui exerce une pression supplémentaire sur un réseau déjà fragilisé.
« C’est le réseau qui les rend malades. C’est épouvantable ce qui se passe », déplore Brigitte Petrie, présidente du syndicat local de la FIQ en Montérégie-Est.
Une surcharge devenue insoutenable
Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la surcharge de travail, la violence vécue auprès de certains patients, le stress chronique et l’épuisement psychologique sont les principales causes de ces absences prolongées. À cela s’ajoutent les blessures physiques subies au travail, parfois causées par de l’équipement désuet ou des interventions complexes.
Plusieurs infirmières touchées reçoivent actuellement des prestations de la CNESST.
« C’est dangereux pour la sécurité des soins. On ne remplace pas les absentes, donc celles qui restent héritent de plus de responsabilités. C’est un cercle vicieux qui fragilise encore davantage le réseau », souligne Julie Daigneault, vice-présidente de la FIQ.
Les infirmières auxiliaires aussi durement touchées
La situation n’est guère plus reluisante du côté des infirmières auxiliaires, où l’on comptait 2 217 absences à l’automne dernier. En Montérégie-Centre, cela représentait 18 % de toutes les employées.
Pour plusieurs experts, ces taux d’absentéisme dépassent largement le seuil critique.
« À 5 %, on devrait déjà s’inquiéter. À 8 %, on parle d’un problème organisationnel majeur », affirme Jean-Claude Bernatchez, professeur à l’UQTR.
Un problème d’organisation du travail
Selon plusieurs spécialistes en gestion des ressources humaines, le modèle actuel de gestion en santé est directement responsable de cette crise.
« On applique une logique de productivité comme dans une usine. Mais on ne fabrique pas des pièces d’auto : on soigne des êtres humains. Cette façon d’organiser le travail empoisonne littéralement les gens », déplore Angelo Soares, professeur à l’UQAM.
La FIQ réclame depuis longtemps l’instauration de ratios sécuritaires patients-infirmière, une mesure qui permettrait de réduire la surcharge et de favoriser la rétention du personnel.
« C’est une roue infernale. Si on cesse de les surcharger, elles tomberont moins malades, il y aura moins d’absences, et ça coûtera même moins cher en temps supplémentaire », insiste Brigitte Petrie.
Le Québec compte actuellement 86 919 infirmières, selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Pourtant, la pénurie demeure criante. En 2021, le ministre de la Santé Christian Dubé estimait qu’il manquait environ 4 000 infirmières dans la province. Une mise à jour officielle de ces chiffres est attendue cet hiver.
Certaines régions sont particulièrement touchées, notamment la Mauricie, l’Estrie, la Capitale-Nationale, Lanaudière et plusieurs secteurs de Montréal.
Au-delà des chiffres, cette situation soulève une inquiétude majeure : la sécurité des patients. Moins il y a de personnel disponible, plus les risques d’erreurs, de délais et de soins inadéquats augmentent.
Pour plusieurs observateurs, il ne s’agit plus simplement d’une crise de main-d’œuvre, mais bien d’une crise structurelle du réseau de la santé, qui exige des changements profonds et urgents.
Source : salutbonjour
- https://www.journaldemontreal.com/2026/01/12/la-detresse-cest-fou--une-infirmiere-en-arret-de-travail-deplore-les-conditions-du-reseau


