
Alexandre Poulin est revenu « chez lui » pour une soirée très
spéciale à Sherbrooke.
Samedi, il était en spectacle à la salle Maurice-O’Bready, là même
où il venait voir des artistes quand il était ado. Cette fois,
c’est lui qui était sur scène… et il n’est pas venu seulement
chanter. Tout au long du spectacle, il a parlé d’amour, de peur, de
fin du monde… mais surtout de son père et du deuil qu’il traverse
encore aujourd’hui. Alexandre présentait les chansons de son plus
récent album, La somme des êtres aimés (paru en
2024). Il a confié que ce spectacle n’aurait peut-être jamais
existé sans son père, qu’il a perdu en 2021.
Vers la fin de la soirée, il a lâché une phrase qui a bouleversé la salle :
« Ça m’arrive encore, des petites fois, où je paierais cher pour que mon père soit assis drette là. »
Il a expliqué qu’il lui arrive de fermer les yeux pour l’entendre encore.
« N’empêche, des fois, quand je m’ennuie trop, je ferme les yeux et je l’entends. Il me dit : “Tu vois mon grand, ce n’est jamais ce qui t’arrive qui compte, c’est ce que tu en fais.” » Une grande partie du spectacle n’était pas que de la musique, mais aussi des histoires.
Sur environ deux heures, Alexandre a passé presque la moitié du temps à raconter des anecdotes. Parfois, ses histoires duraient près de dix minutes, mais le public restait accroché. On aurait dit que tout le monde retenait son souffle pour ne pas manquer un mot. Il est revenu sur la mort de son père entre les chansons Hochelaga et Loverdose, un moment très émotif.
« Quand j’étais enfant, je voyais mon père comme un superhéros », a-t-il raconté.
Son père était électricien. Le week-end, Alexandre l’accompagnait sur des « jobines » pour « twister des marettes ». Son père avait des vêtements de travail de marque Big Bill, toujours dans les mêmes couleurs : gris, beige, vert ou bleu. Pour lui rendre hommage, Alexandre et ses trois musiciens portaient justement des habits de travail sur scène, comme son père avant. Un clin d’œil simple, mais très fort.
Il a aussi raconté qu’enfant, il lisait mal le logo sur les vêtements :
« Je confondais les B et les G quand j’étais ti-cul et je lui disais “Big Gilles” », a-t-il lancé, déclenchant les rires dans la salle.
En grandissant, il a compris que son père n’était pas un superhéros, mais un homme ordinaire, comme beaucoup d’autres travailleurs. Et c’est justement pour ça qu’il était important à ses yeux.
« C’était un homme tout à fait ordinaire avec ses qualités et ses défauts, mais c’est l’homme de qui j’ai été le plus près pendant toute ma vie. » Alexandre a aussi parlé de la façon dont son père est parti : « J’ai perdu cet homme-là pendant la dernière tournée. Et comme il est parti avec l’aide médicale à mourir, c’est un peu comme si la vie nous donnait la chance, j’ai même envie de dire l’honneur, d’aller le reconduire jusqu’à la porte du ciel. »
Il a raconté un moment très intime : le matin de la mort de son
père.
Ils se sont retrouvés seuls tous les deux. Alexandre savait qu’il
n’aurait pas d’autre occasion de lui poser la question qui lui
brûlait les lèvres :
« Je l’ai regardé droit dans les yeux et j’ai dit : “Pis, mon pop, au bout du chemin, c’est quoi qui rend vraiment heureux?” »
Son père lui a répondu avec un grand sourire :
« C’est tout le temps que j’ai passé avec vous autres. »
Alexandre résume ça en une phrase :
« L’amour donné, l’amour reçu. La somme des êtres aimés. »
Le spectacle était aussi rempli de vie et d’énergie.
Alexandre a rappelé qu’il est né à Sherbrooke,
qu’il y a vécu jusqu’à 27 ans, que la maison familiale est à cinq
minutes de la salle. Il a raconté qu’adolescent, il s’asseyait au
balcon de Maurice-O’Bready pour voir Jean Leloup, Richard
Séguin, Michel Rivard, Richard Desjardins et d’autres. «
Chaque fois que j’étais là, j’espérais tellement être icitte [sur
la scène]. » Il a ouvert le spectacle avec la chanson La
fin du love, en lançant une question au public :
« Est-ce que c’est ce soir la fin du monde? »
Une phrase qui résonne avec l’époque actuelle, où beaucoup se posent ce genre de questions. Au fil des chansons et des histoires, le public est devenu de plus en plus chaleureux. Les rires étaient plus forts, les applaudissements plus longs. On sentait que ses confidences et ses souvenirs rapprochaient tout le monde de lui. À la fin, Alexandre a tenu à saluer quelqu’un de très important dans la salle :
son meilleur ami depuis 27 ans, Mat. Il a expliqué que Mat se bat contre un violent cancer, mais qu’il est toujours là, vivant, malgré les statistiques.
« C’est une source d’inspiration chaque jour pour moi », a-t-il dit, visiblement ému.
« C’était un privilège de jouer devant vous ce soir, mais aussi de jouer devant lui. »
Entre l’amour, le deuil, l’amitié et les grandes questions sur
la vie, Alexandre Poulin a offert bien plus qu’un simple
spectacle.
C’était une soirée où les chansons servaient à raconter ce qui
compte vraiment : les gens qu’on aime, tant qu’ils sont encore
là.



